Est-ce parce que j'étais né chez les marchands forains ? Est-ce le goût des fêtes populaires, la vision des immenses chaussures d'Auguste que le cordonnier réparait en bas de chez moi, ou je ne sais quoi d'autre ?
Je ne sais pas. Je sais juste qu'au Perreux, là où je vivais, dans la patrie des Fratellini, le cirque m'appelait.

Je rencontre l'historien du cirque Adrian, et, à partir de cet ultime déclic,
je débute au cirque d'hiver Joseph Bouglione. Me voilà, en 1965, Auguste de soirée.
Les numéros s'enchaînent. Le dompteur Gilbert Houcke me fait engager par Jean Richard à la Mer de sable à Ermenonville, une aventure de trois saisons. À cette époque, la télévision apporte le cirque chez les gens, et je participe à quelques émissions : Messieurs les Clowns, Un, deux, trois, en piste, Hommage à Gilles Margaritis que réalise Pierre Tchernia. Puis ce sera le Grand Cirque Jean Richard et deux ans d’apprentissage avec Achille Zavatta.

L'art circassien évolue, et j'évolue avec lui. Je rejoins le Cirque Bonjour de Victoria Chaplin qui donne une autre envergure à la mise en scène, aux lumières et à la musique pop.
Goût de l'indépendance, du nouveau, de l'aventure, je crée ma propre structure et je rejoins les touristes en Roumanie, en Tunisie, en Italie, pour leur faire découvrir les grands numéros d'un répertoire séculaire.

Pendant toutes ces années, Nina, que rien ne prédisposait à embrasser la carrière, fait de la musique, de la danse, des barres asymétriques, sans savoir qu'elle deviendra ma partenaire pour débuter en Tunisie.

Ouvert à toutes les tentatives, curieux du pouvoir bienfaisant du jeu clownesque, je prends le chemin, pour un temps, du théâtre thérapeutique, avec l'université de Paris VIII et D. Victoroff, et j'interviens auprès d'adolescents.
Nina, qui est devenue un Auguste mutin, léger et facétieux, a aussi acquis les techniques de la marionnette auprès de Jean-Loup Temporal et commence de créer ses premiers "guignols".

Tout est prêt pour qu'au début des années 80, nous tentions l'aventure de notre propre compagnie : La Compagnie de l'Arc-en-Ciel.
Alliant l'art clownesque et sa tradition, le travail du masque, du décor et de la marionnette, le clin d'œil de l'actualité, nous avons fait naître la Gondole Enchantée qui remplit les rues de bulles, de sons et les enfants de plaisir. Et elle avait assurément des pouvoirs magiques, notre Gondole. Jugez-en : arrivés avec elle pour deux mois à Europa-Park aux attractions internationales en Allemagne, nous avons en fait enchaîné sept saisons sous l’œil attentif et bienveillant de la célèbre famille Mack qui, depuis deux cents ans, fabrique des manèges pour le monde entier.

Nous avons aussi renoué dans un spectacle avec le sieur Jean de La Fontaine, son humour et ses fables.
Nous parcourons ainsi la France, la Belgique, le Luxembourg, posant des touches de couleurs sur les visages d'enfants et le cœur des adultes.

Et puis, dans le secret de notre atelier, travaillant le fer, le cuir, les mots, les gestes, nous nous fabriquons un nouvel engin à faire s'éveiller les rues, sourire les petits et rêver les grands.

Promis, on vous le montrera… Parole de Clowns !

 

Création Lyremo